Des raisons d'engagement diverses

Si différentes raisons ont pu inciter ces groupes de populations - dont tous n'étaient pas hostiles à l'évolution du statut de l'Algérie, voire à son indépendance - à s'engager ou à rester engagés auprès de la France, l'une est commune à tous : le rejet des méthodes terroristes employées par le FLN dans le cadre d'une guerre où la population est un enjeu voire un otage, et qui n'hésite pas à recourir aux menaces, mutilations, exécutions sommaires et exactions diverses envers les civils,
musulmans et européens.
" Le FLN égorge facilement pour se faire obéir. Il tue pour montrer qu'il peut, malgré l'armée française, tuer ceux qui hésitent à lui obéir et que cette dernière ne peut les protéger ".
Au delà du rejet des méthodes terroristes, ces différentes raisons d'engagement qui souvent se conjuguent entre elles, ce sont :

LA NECESSITE DE SE DEFENDRE

Face au terrorisme, notamment pour les populations de l'intérieur qui y sont directement confrontées, la nécessité de se défendre, de défendre sa famille, son village, suscite le ralliement non seulement d'individus mais aussi de populations entières.
Comme l'indique le Bachaga Boualam :
" Mes paysans, mes gardes champêtres, mes bergers de l'Ouarsenis sont devenus des guerriers parce-que leurs pères, leurs enfants, leurs femmes égorgés, ils se sont défendus eux-mêmes contre leurs assassins... la formation d'une harka n'est qu'une autodéfense d'une population que l'on veut forcer par le couteau et le fer à l'engagement politique".

L'ATTACHEMENT A L'ARMEE FRANCAISE


Les officiers, les militaires, les anciens combattants, restés fidèles à la France, les supplétifs également, sont les héritiers d'une longue tradition militaire. Leurs ancêtres, eux-mêmes pour les plus âgés, se sont battus sur la plupart des champs de bataille où la France est présente depuis plus d'un siècle, au sein de l'armée d'Afrique où le nombre de soldats musulmans dans les
régiments de tirailleurs, zouaves, spahis, atteint 40 à 50 % des effectifs, dont un tiers d'engagés volontaires.
"Fils d'une tradition militaire très ancienne, faite de bravoure, d'abnégation devant le danger, de respect de l'ennemi, ils ont écrit des pages admirables de l'histoire de nos armes (...) ils ont acquis des droits sur nous "
Pendant la première guerre mondiale, les soldats musulmans sont 36 000 à tomber au champ d'honneur. En 1944, ils participent avec un courage qui force l'admiration des Alliés à la campagne d'Italie, au débarquement de Provence et à la Libération de la France. Parmi eux, les ancêtres des harkis :
"La Grande Guerre voit l'Algérie fournir un lourd contingent de soldats (...) ils versent généreusement leur sang sur les principaux champs de bataille immortalisés par l'histoire: Verdun, la Somme, la Champagne, l'Artois. Ils sont 170 000 à traverser la Méditerranée (...) Ils sont 36 000 à donner leur vie pour que la France retrouve sa liberté et la paix. C'était les grands-pères des harkis. Pendant la seconde guerre mondiale, alors que la France est captive et muette 230 000 soldats musulmans dont 120 000 à 150 000 algériens luttent entre 1942 et 1944, certains jusqu'au sacrifice suprême.(...) ils inscrivent dans le livre d'or de l'histoire de France des pages de gloire qui ont pour nom Belvédère, Monte Cassino, Rome, le Rhin, Strasbourg, Belfort. Pour la seconde fois au cours de ce siècle, ces soldats rendent sa dignité à la patrie et lui restituent sa place dans le monde. C'était les pères des harkis".

LA TRADITION FAMILIALE OU CULTURELLE

Nombre de fonctionnaires, nombre d'élus locaux et nationaux, qui choisirent de continuer à assurer leurs fonctions malgré les menaces et les exécutions, le firent souvent parce-que leurs familles ou leur clan, avant eux et quelquefois depuis longtemps, occupaient déjà des fonctions administratives ou électives au sein de l'Etat français. Leur fidélité s'inscrivait donc tout
naturellement dans une tradition familiale ancienne. De même pour les d'officiers ou pour les intellectuels diplômés des universités françaises, continuer avec la France peut s'analyser comme le choix de la fidélité à une culture qu'ils avaient intégrée. Pour l'un comme pour l'autre groupe, rester auprès de la France relevait d'une logique de continuité.

LES RAISONS LIEES AUX CIRCONSTANCES

 La recherche de la protection de l'armée française

Dans une guerre où le moindre comportement - fumer, se rendre dans une administration, voter, parler à un militaire ou à un européen - peut être regardé comme suspect parce-qu'il transgresse un interdit posé par le FLN, transgression susceptible d'entraîner la mort, le musulman pris dans l'engrenage, pour échapper à la menace qui pèse sur lui, s'enrôle dans l'armée française. Laquelle de son côté, pensant que la France resterait durablement en Algérie en se fiant aux promesses des dirigeants politiques, et en particulier à celles de De Gaulle jusqu'en 1960, exerce de fortes pressions pour favoriser l'embauche de supplétifs.

 Les rivalités de clans ou de villages


Dans une société organisée autour de groupes - familles, clans, villages - et fondée sur la solidarité entre les membres d'un même groupe, les engagements collectifs avec l'armée française ou avec le FLN, peuvent être la conséquence de l'exécution d'un membre du groupe par les rebelles ou à l'inverse par les militaires français. De même, les rivalités entre groupes
expliquent les engagements dans un camp dès lors que le clan rival s'est engagé auprès du camp adverse. Comme le relate l'ethnologue Germaine Tillon citée par Mohand Hamoumou :
"Sous le couvert et l'alibi de trois guerres, (entre France et
Algérie mais aussi entre français et entre musulmans) un nombre incalculable de règlements de comptes assouvissent de vieilles haines pendantes entre les familles. "

 Le ralliement de rebelles

Pour certains d'entre eux enrôlés de force dans l'ALN (armée de libération nationale), ou révoltés par ses excès tant à l'égard des populations civiles qu'à l'égard des autres mouvements indépendantistes tels que le MNA (mouvement nationaliste algérien) de Messali Hadj, ou par les règlements de comptes pratiqués dans ses propres rangs, rejoindre l'armée française constitue
alors la seule alternative. L'exemple le plus représentatif est celui du commando Georges : constitué pour l'essentiel par d'anciens rebelles sous le commandement de Georges Grillot, il fut après le cessez-le-feu du 19 mars 1962 presque entièrement exterminé, après le refus du gouvernement français d'organiser son rapatriement. Les membres du commando Georges furent massacrés dans d'horribles conditions, certains d'entre eux furent ébouillantés vivants.

 Les motivations économiques


La situation économique difficile, les menaces du FLN envers les musulmans acceptant de travailler chez les européens, la misère, le chômage, ont pu conduire certains à devenir supplétifs pour survivre. Si cette motivation est indéniable, elle n'est pas déterminante. Il faut rappeler que la première harka crée par l'ethnologue Jean Servier était constituée de bénévoles.
D'autre part, comme l'indique Mohand Hamoumou :
"De nombreux musulmans étaient prêts à devenir harkis bénévolement car ils désiraient avant tout avoir une arme pour défendre leur vie et celle de leur famille".
Tout au plus peut-on dire que "la conjoncture économique extrêmement défavorable pour les musulmans a pu être un élément supplémentaire parmi ceux qui ont conduit nombre d'entre eux à travailler dans les SAS ou à devenir harkis".
Mais quelle que soit leur hétérogénéité sociale ou culturelle, quelles que soient les raisons ou l'ancienneté de leur engagement, ce qui constitue le point commun de ces musulmans restés engagés auprès de la France pendant la guerre d'Algérie, c'est leur histoire : menacés par le FLN, trahis et abandonnés par la France en toute connaissance de cause, ils furent 150 000 à disparaître, souvent avec leurs familles, victimes de massacres perpétrés en masse après le cessez-le-feu du 19 mars 1962.
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# Posté le dimanche 29 janvier 2006 12:06

Modifié le dimanche 11 mars 2007 08:53

Qui sont les harkis

Qui sont les harkis
UNE POPULATION HETEROGENE

Le terme harki constitue une appellation recouvrant une réalité complexe et hétérogène : l'ensemble des
musulmans, qu'ils soient armés ou civils, restés fidèles à la France pendant la guerre d'Algérie.
Alors que les harkis ne sont qu'une partie des supplétifs, qui ne sont eux-mêmes qu'une partie des
français musulmans, harki est devenu le terme générique qui englobe des catégories de personnes bien distinctes :

LES SUPPLETIFS


 les harkis proprement dit qui sont les membres des harkas.

Mises en place dès le début de la guerre d'Algérie, les harkas sont des formations très mobiles
(harka signifie mouvement) d'abord employées localement pour défendre les familles et les villages, puis constituées en commando offensif sous la responsabilité d'un officier. Les harkis sont recrutés par contrat d'un mois renouvelable et bien qu'affectésà des tâches militaires, ils ont un statut civil.
Ce qui a fait dire au Bachaga Boualam
" Il fallait aimer beaucoup la France pour accepter d'engager sa famille sur un contrat d'un mois, révocable sans préavis par mesure disciplinaire, et avec préavis de huit jours pour inaptitude physique, le tout pour... 750 francs, salaire du courage... et de la fidélité. Le harki devait avoir la France bien accrochée au c½ur pour laisser assimiler sa blessure de guerre à un accident de travail."
Pour mémoire, les harkis et les autres supplétifs obtiendront le statut d'anciens combattants au regard du droit français par une loi du 9 décembre1974.
Les harkis et les anciens harkis représentent environ 70 000 personnes à la fin de la guerre d'Algérie.

 les moghazni qui sont rattachés aux SAS, dont ils assurent la protection.


Les Sections Administratives Spécialisées exercent, sous la responsabilité de leur chef, lieutenant ou capitaine, outre des attributions militaires classiques, des fonctions administratives multiples sociale, médicale et scolaire, à l'égard des populations. Il y eu environ 800 SAS en Algérie. Nombre de leurs officiers se distingueront, en dépit des instructions contraires de leurs supérieurs, pour secourir envers et contre tout, leurs hommes menacés de mort. (2) Les moghazni représentent environ 20 000 personnes à la fin de la guerre d'Algérie.

 les groupes mobiles de sécurité (GMS)

Recrutés localement, essentiellement parmi les anciens combattants musulmans, ils sont constitués en formations autonomes, dont la mission est de protéger les populations dans une zone territorialement définie.
Ils représentent environ 10 000 personnes à la fin de la guerre d'Algérie.

 les groupes d'autodéfense (GAD)

Constitués de volontaires non rétribués, englobant plusieurs villages auxquels l'armée distribue des armes,
ils ont pour mission d'assurer la défense rapprochée de leur douar, leurs familles et leurs biens.
Ils représentent environ 60 000 personnes à la fin de la guerre d'Algérie.

LES OFFICIERS, LES MILITAIRES D'ACTIVE, LES APPELES

Ils représentent 65 000 personnes à la fin de la guerre d'Algérie.
Soit un total de 225 000 hommes en armes à la veille du cessez-le-feu du 19 mars 1962.

LES CIVILS, AGENTS DE L'ETAT OU ANCIENS COMBATTANTS

 Les élus locaux, les fonctionnaires, les notables musulmans (caïds, agas, bachagas), les élites francisées, (hauts fonctionnaires, intellectuels de culture française)

... demeurés engagés auprès de la France payèrent un lourd tribut pour cette fidélité, le FLN leur enjoignant sous peine de mort de démissionner ou de se démettre de leur mandat.
Beaucoup furent égorgés pour ne pas avoir obtempéré.

 Les anciens combattants, anciens militaires engagés (tirailleurs algériens, spahis, zouaves)


... et les musulmans mobilisés pendant les guerres de 1914-1918 et 1939-1945, sont une cible privilégiée pour le FLN qui leur interdit sous peine de mort de porter leur médailles et de percevoir leur pension de guerre. Nombre d'entre eux furent brûlés vifs dans le drapeau français.
Ces civils représentent environ 50 000 personnes à la fin de la guerre d'Algérie.
Ce sont donc près de 280 000 personnes qui sont directement menacées de mort, soit plus d'un million de personnes si l'on y ajoute leurs familles. Du fait du refus du gouvernement français de prendre les mesures nécessaires pour les protéger, 150 000 d'entre elles seront assassinées dans des conditions abominables, après le 19 mars 1962, date officielle du cessez-le-feu. Après cette date, 25 000 pieds-noirs ont également été massacrés ou enlevés, sans avoir davantage été ni secourus ni recherchés. Ces deux chiffres sont les chiffres officiels donnés par André Santini secrétaire d'Etat aux rapatriés de 1986 à 1988.

# Posté le dimanche 29 janvier 2006 11:55

Modifié le lundi 16 juillet 2007 07:52

Reconnaissance...

Allocution de M. Jacques CHIRAC Président de la République à l'occasion de l'inauguration à Paris d'un monument à la mémoire des victimes civiles et militaires tombées en Afrique du Nord de 1952 à 1962 (Paris)

ALLOCUTION DE MONSIEUR JACQUES CHIRAC
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
A L'OCCASION DE L'INAUGURATION A PARIS
D'UN MONUMENT A LA MEMOIRE DES VICTIMES CIVILES ET MILITAIRES TOMBEES EN AFRIQUE DU NORD
DE 1952 A 1962


LUNDI 11 NOVEMBRE 1996

Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,
Madame et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Maire de Paris,
Monsieur le Délégué aux Rapatriés, Cher Guy Forzy,
Mesdames, Messieurs les Présidents d'Associations,
Mesdames, Messieurs,

Mes Chers Amis,

" Pour ceux qui connaissent les déchirements du oui et du non, du midi et des minuits, de la révolte et de l'amour, pour ceux qui aiment les bûchers devant la mer, il y a, là-bas, une flamme qui les attend " ainsi parlait Albert CAMUS en 1947.
Cette flamme vacillante et pourtant si vivace, c'est celle de la mémoire. C'est autour d'elle que nous sommes réunis aujourd'hui, au pied de ce monument où nous nous retrouvons pour rendre hommage à tous ceux qui, jusqu'en 1962, ont servi la France en Afrique du Nord.
Plus de trente ans, plus de quarante ans même nous séparent désormais de ces dates douloureuses qui marquèrent le début et la fin d'affrontements tragiques où l'on vit les pays du Maghreb se détacher de la France pour écrire eux-mêmes leur propre destin.
Trente ans, quarante ans, c'est le temps d'une génération déjà mûre, celui des fils et même des premiers petits-fils. C'est le temps où, pour ceux qui ont connu l'hébétude du malheur, les efforts pour survivre et les tentatives pour oublier, même si de trop profondes blessures font encore souffrir, vient l'heure d'une certaine sérénité et de l'apaisement.
1952 - 1962 : dix ans de lutte, dix ans de combats, tout particulièrement en Algérie. Dix ans qui troublèrent les consciences, déchirèrent notre peuple et contraignirent des centaines de milliers de nos concitoyens à abandonner une terre où ils étaient nés, et à laquelle ils étaient profondément et charnellement attachés.
Je ne veux pas revenir sur les causes de ces affrontements souvent fratricides, ni sur les drames que ces combats ont engendrés. Nous savons les deuils cruels et la déchirure qu'ils nous ont fait subir et qu'ils ont fait subir à notre pays. C'est pourquoi aujourd'hui nous sommes là pour nous recueillir, pour honorer ces combattants qui ont donné leur vie pour la France, ainsi que ces hommes, ces femmes qui sont morts sur une terre française, enrichie, cent trente années durant, par le travail de leurs parents.
Dix longues années d'épreuves ont montré le courage des forces régulières et des formations supplétives, unies fraternellement dans les plis du drapeau français.
Intégrés à l'armée d'active, appuyés par les volontaires venus des douars et des villages d'Algérie, près de deux millions de jeunes appelés ont participé à ces engagements. Soldats de métier, jeunes du contingent, Français Musulmans ont défendu côte à côte les mêmes idéaux, ceux de la République et de la liberté.
La vie de ces jeunes gens en a été bouleversée, jusque dans sa réalité la plus ordinaire. Il y avait bien sûr l'âpreté des combats, la rudesse des opérations dans le djebel, le spectacle de la souffrance ou de la mort ; il y avait aussi le choc du quotidien le plus banal, les choses simples de la vie, l'attente plutôt que l'angoisse, l'ennui ; il y avait l'isolement et le dépaysement, la rigueur des reliefs et du climat, la beauté des sites et de la lumière, la violence des situations, celle des gestes, des paroles de tous les jours ; il y avait enfin l'alternance des longues attentes et des brèves actions, la brutalité des affrontements et l'indolence de certains instants... C'était pour beaucoup le premier grand voyage de leur vie et, soudain, le face-à-face avec un adversaire invisible, dans un horizon hostile et splendide.
De cette expérience-là, nul n'est revenu vraiment indemne. Près de trois millions d'hommes l'ont vécue. 25 000 ont disparu. Soldats du contingent ou militaires d'active, officiers SAS, tirailleurs et spahis, légionnaires, cavaliers, parachutistes, aviateurs et marins, harkis, moghaznis, toutes les forces supplétives, ils avaient rêvé sans doute d'une société plus fraternelle qui serait restée indissolublement liée à la France, comme en rêvaient ces populations inquiètes, menacées de jour et de nuit par le terrorisme.
L'Histoire devait en décider autrement, mais les sacrifices qu'ils ont consentis, la foi qui les a animés, il ne faut pas les oublier, ni la valeur de leur engagement, ni la noblesse de leur combat, ni le courage qu'ils ont déployé sous les armes.
Ils ont été en cela les dignes successeurs de ces combattants qui, par deux fois au cours de notre siècle, se levèrent sur cette terre au-delà de la mer pour se porter au secours de la patrie ; ils ont poursuivi dans l'honneur les plus pures traditions de cette glorieuse Armée d'Afrique née sur un sol qui devait, il y a plus de cinquante ans, permettre à la France occupée et meurtrie de retrouver son territoire, sa liberté et son rang au sein des nations.
C'est pourquoi, à l'hommage solennel rendu à cette troisième génération du feu, nous voulons associer la mémoire des soldats de l'Armée d'Afrique, cette prestigieuse armée présente sur tous les champs de bataille, de la Crimée à l'Italie, du Mexique au Levant et en Indochine, partout où les armes de la France livraient combat.
A cet hommage que nous dictent le respect, l'admiration et la reconnaissance, nous joindrons aussi celui que nous devons à tous ceux et à toutes celles qui ont contribué à la grandeur de notre pays en incarnant l'oeuvre civilisatrice de la France.
Nous ne saurions oublier que ces soldats furent aussi des pionniers, des bâtisseurs, des administrateurs de talent qui mirent leur courage, leur capacité et leur coeur à construire des routes et des villages, à ouvrir des écoles, des dispensaires, des hôpitaux, à faire produire à la terre ce qu'elle avait de meilleur ; en un mot, à lutter contre la maladie, la faim, la misère et la violence et, par l'introduction du progrès, à favoriser pour ces peuples l'accès à de plus hauts destins.
Pacification, mise en valeur des territoires, diffusion de l'enseignement, fondation d'une médecine moderne, création d'institutions administratives et juridiques, voilà autant de traces de cette oeuvre incontestable à laquelle la présence française a contribué non seulement en Afrique du Nord, mais aussi sur tous les continents.
Traces matérielles certes, mais aussi apport intellectuel, spirituel, culturel comme en témoigne la formation des élites francophones qui participent au sein des instances internationales et dans le monde au rayonnement de notre pays.
Aussi, plus de trente ans après le retour en métropole de ces Français, il convient de rappeler l'importance et la richesse de l'oeuvre que la France a accomplie là-bas et dont elle est fière. Et il est juste de saluer la part prise par ceux qui, pendant des générations, ont tant et tant fait, avec les populations qui ont partagé et enrichi nos propres valeurs et notre destin.
Tels ces hommes et ces femmes qui ont voué leur courage, leur talent, leur espoir à cette grande ambition ; tels ces soldats qui, fidèles à leur engagement, ont tenté de préserver la paix au coeur de cette tragédie. Les uns et les autres ont mérité les honneurs de la mémoire. A Paris, ce monument nous rappellera désormais leur dévouement et leur sacrifice, en même temps que leur message : un message de liberté, de générosité, de foi dans l'avenir et dans le destin de la France.
Ce 11 novembre 1996 nous nous inclinons avec émotion et avec respect devant ces victimes et ces combattants, jeunes pour la plupart, qui ont souffert et qui sont morts pour la France."
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# Posté le dimanche 29 janvier 2006 11:13

Modifié le dimanche 11 mars 2007 08:57

Un crime d'Etat

Un crime d'Etat
Les harkis, un crime d'Etat

La publication de quelques extraits significatifs du livre de Georges-Marc Benamou, « Un Mensonge français », portent sur la mécanique de la décolonisation, démontée par l'auteur, le massacre des harkis (ci-dessous) et, enfin le lâchage des pieds-noirs, extrait qui a du être diffusé ultérieurement.
L'abandon et le massacre des harkis, qui ouvre le cinquième et dernier volet du livre - «Les placards de la République » est l'un des chapitres forts de ce document. Le bilan, longtemps controversé, aurait été de 80 à 100 000 morts. « C'est bien de Gaulle », l'inspirateur de ce crime d'Etat.

Le massacre des harkis se déroule, pour l'essentiel, de mars 1962 au début de 1963, on signalera toutefois des camps de prisonniers harkis, en Algérie, jusqu'à la fin des années 1960. Il débute sitôt les accords d'Evian signé. Il fut d'une sauvagerie inouïe. Il ne s'agissait pas de règlements de comptes, ni même, comme certains milieux anticolonialistes ont tenté de le faire admettre, d'une «épuration » semblable à celle que la France a connut après la Libération, mais d'une extermination systématique, comme le FLN en perpétra - en modèle réduit si l'on peut dire à Melouza en 1957. (...) De village en village, on offre les harkis à une population déchaînée.
L'ALN attire les « repris » par des promesses pour finalement les exécuter sauvagement. Les directives de l'ALN, tombées entre les mains de l'armée française, sont édifiantes :
« Se montrer conciliant envers les harkis afin de ne pas provoquer leur départ en métropole, ce qui leur permettrait d'échapper à la justice de l'Algérie indépendante. Les valets du régime ne trouveront le repos que dans la tombe. »
Partout dans le pays, les camps de Harkis prolifèrent, les charniers se multiplient. Dans l'indifférence des officiels français et algériens.
Ce fut une inquisition terrifiante. Il s'agissait de faire expirer les harkis; de les rendre méprisables; de les avilir avant de les détruire. L'éradication des harkis sera cette folie meurtrière. (...)

Les télégrammes secrets de Joxe et Messmer

Aux commandes du massacre, il y a bien sûr l'acteur du crime: le FLN. Un pouvoir déchiré, divisé, convulsif tiraillé entre les modérés et les jusqu'au-boutistes civils et militaires; dépassés par les ralliés de la dernière heure, mais réunis par ce même désir de vengeance expiatoire à l'égard des harkis, qui tient lieu de première politique.
Et puis il y a les autres responsabilités. Elles sont françaises. Et accablantes.
D'abord, il y a l'abandon des harkis. Il est réel, bureaucratique, inhumain, prouvé à chaque étape de leur calvaire, dans le printemps de 1962. Ensuite il y a bien pire.
Les harkis sont « abandonnés » juridiquement, au moment des accords d'Evian. En effet, les musulmans partisans de la France n'y sont jamais explicitement mentionnés. Il est seulement fait référence à un principe d'amnistie. (...)
Pire que cet « abandon », un crime d'Etat. Et il est français. Il y a donc eu, non pas comme nous l'a fait croire l'Histoire officielle, des promesses trahies, des égoïsmes d'Etat, ou un accident de l'Histoire. Mais une politique menée de Paris.
Elle est délibérée, constante, et impulsée au plus haut niveau de l'État. Elle est le plus souvent implicite, purement administrative, apparemment banale, comme tous les « crimes de bureau ». Parfois pourtant la vérité éclate, sans fard, à travers un simple acte administratif comme ces trois télégrammes « secret urgent » signés Joxe et Messmer.
C'est bien d'un crime d'État dont il est question. Ces archives, ces instructions ministérielles, ces allers et retours de télex, ainsi que toutes ces délibérations du Comité des affaires algériennes sont là - enfin - pour l'attester. D'un crime contre l'humanité - l'extermination des harkis en a, hélas, toutes les caractéristiques - auquel la France apporta son concours. Il est indirect, complexe, aussi sinusoïdal et administratif que le furent les « crimes de bureau», perpétrés par la police de Bousquet sous Vichy. Certes il n'est pas comparable - l'Histoire ne se répète jamais - mais relève de la même logique d'État, criminelle et bureaucratique.
Alors qui ?
Où situer, précisément, les responsabilités françaises dans le génocide harki ? Où la mécanique d'État s'est-elle enrayée ?
Les archives déterrées récemment par le général Faivre méritent le détour. Elles confirment les pires présomptions sur la responsabilité de Louis Joxe dans l'affaire harkie.
Le ministre d'État, chargé des Affaires algériennes, tenait véritablement le rôle de Premier ministre pour tout ce qui concerne l'Algérie.
Qu'il s'agisse des accords d'Evian ou du sort des supplétifs musulmans, il court-circuitait ses deux premiers ministres - Michel Debré puis Georges Pompidou. Avec l'assentiment du général de Gaulle, il avait pris le pas sur les autres ministres. Et particulièrement sur le ministre des Armées, Pierre Messmer, qui appliqua, en traînant les pieds, la « ligne Joxe ». Le ministre des Armées, n'ayant pas obtenu de protestation solennelle du président sur le destin des harkis, reconnut plus tard que « pour les soustraire aux vengeances qui les menacent le seul moyen vraiment efficace était de les transporter en France avec leur famille».
Ainsi pour contrarier l'exode des harkis, Louis Joxe fit verrouiller l'armée, sanctionner les indisciplinés, surveiller la stricte exécution des instructions restrictives, et, par exemple, proscrire les opérations de recherche de harkis dans les douars.


Article paru dans VAR-MATIN le 2 novembre 2003

# Posté le dimanche 29 janvier 2006 11:11

Modifié le lundi 16 juillet 2007 07:50

Brefs rappels

CHRONOLOGIE


1830 La France prend Alger.
1834 La France donne le nom de l'Algérie à ses possessions africaines et décide d'y rester.
1848 L'Algérie est proclamée partie intégrante de la France dans la Constitution.
1865 Droit aux indigènes musulmans et juifs d'opter pour la nationalité française.
1871 Révolte du bachagha mokrani sévèrement réprimé.
1914-1918 Le recrutement touche quelque 173.000 musulmans dont la moitié sont des engagés. 25.000 d'entre eux tombent sur les champs de bataille.
1936 Le projet Blum-Violette qui devait accorder la pleine citoyenneté à 21.000 musulmans est refusé par les milieux extrémistes européens et par les indépendantistes de l'étoile nord africaine.
1943-1945 Participation à la libération de la France.

1954 Début de la guerre d'Algérie.

1/11 Le C.R.U.A. (Comité révolutionnaire de l'unité algérienne) déclenche la rébellion armée.
5/11 Le gouvernement français envoie des renforts en Algérie.

1955 Création des groupes d'autodéfense et des SAS (section administratives spécialisées).
30/09 L'Assemblée générale de l'ONU vote l'inscription à l'ordre du jour de l'affaire algérienne.
12/12 Les élections en Algérie sont reportées.

1956 Création des premières harkas et des GMS (groupes mobiles de sécurité).
Août Les chefs F.L.N. (Front de libération nationale) de l'intérieur se réunissent pour la première fois ; c'est le congrès de la Soummam d'où sortira la plate-forme du F.L.N.
29/10 Israël, l'Angleterre et la France déclenchent une opération militaire contre l'Egypte.
15/11 L'ONU inscrit la question algérienne à son ordre du jour.
05/12 Le gouvernement français dissout les conseils généraux et les municipalités en Algérie.

1957 Le total des formations de supplétifs atteint les 70.000 hommes.
07/01 Le général Massu est chargé du maintien de l'ordre à Alger.
20/09 L'ONU inscrit la question algérienne à son ordre du jour.
29/11 L'Assemblée nationale vote la loi-cadre et la loi électorale de l'Algérie.

1958
26/04 30.000 Algérois demandent un gouvernement de salut public après la chute du gouvernement Gaillard.
13/05 Un Comité de salut public est créé à Alger sous la présidence du général Massu ; on fait appel à de Gaulle.
15/05 De Gaulle se déclare prêt à assumer les pouvoirs de la République.
01/06 L'Assemblée nationale investit de Gaulle par 339 voix contre 224. (4 juin 1958 : "Je vous ai compris !" Discours du général de Gaulle)
28/09 : La nouvelle Constitution est approuvée par référendum (79 % de oui en métropole, 95 % en Algérie).
23/10 : De Gaulle propose au F.L.N. la paix des braves.
21/12 : De Gaulle est élu président de la République.



1959 Le total des supplétifs approche à la fin de l'année les 160.000 hommes, nombre qui restera stable jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie. (Discours de M. Michel Debré, Premier ministre du Général De Gaulle, présente le programme du Gouvernement à l'Assemblée nationale le 15 janvier 1959)
30/01 De Gaulle renouvelle l'offre de paix en Algérie.
16/09 De Gaulle proclame le droit des Algériens à l'autodétermination.

1960
24/01 Début de la semaine des barricades à Alger.
25/06 Pourparlers préliminaires de Melun.

1961 Désarmement des harkas et dissolution des SAS.
08/01 La politique algérienne du général est approuvée par référendum (75 % de oui).
22/04 Putsch des généraux à Alger ; de Gaulle assume les pleins pouvoirs aux termes de l'article 16 de la Constitution. (Discours du général de Gaulle le 23 avril 1961)
20/05 Ouverture des pourparlers d'Evian.
14/07 Recrudescence des attentats de l'O.A.S. (Organisation Armée Secrète).

1962
18/02 Pourparlers des Rousses.
07/03 Négociations d'Evian.
18/03 Signature des Accords d'Evian.
19/03 Cessez-le-feu en Algérie. (Message du général de Gaulle, Assemblée nationale et Sénat, 20 mars 1962)
08/04 Référendum à propos de l'Algérie (90,7 % des voix approuvent les accords d'Evian).
Avril Premiers rapatriements des musulmans menacés et des harkis. (Discours du général de Gaulle du 23 avril 1961)
16/05 Télégramme de Louis Joxe interdisant le rapatriement des harkis et autres supplétifs.
Mai et juin Fuite désordonnée des Français d'Algérie.
01/07 Référendum d'autodétermination en Algérie ; l'indépendance est approuvée par 99,72% des voix.

1er juillet 1962 Indépendance de l'Algérie après 130 années de présence francaise.
Début des massacres de harkis.

# Posté le dimanche 29 janvier 2006 11:10

Modifié le dimanche 11 mars 2007 09:05